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La chenille et le bourdon

En gardant à l’esprit le secret que lui avaient confié les étoiles lors de la nuit, la forêt s’éveillait au nouveau jour, pleine d’espérance...
Tandis que la plupart de ses habitants vaquaient déjà à leurs occupations matinales, une chenille, glissée sous une large feuille verte, au pied d’un immense arbre, sommeillait encore.
Un jeune et vigoureux bourdon, parti à la quête des plus belles fleurs, remarqua l’endormie et s’en approcha.
« Bonjour ! Mes amis m’appellent « Ploum le hardi » mais tu peux m’appeler Ploum si tu veux », lui dit-il vivement.
Ce à quoi la chenille entrouvrit les yeux faiblement et bâilla.
« Allez, réveille toi ! N’entends-tu pas les oiseaux chanter et annoncer la bonne nouvelle ? Dès que le disque d’or sera au sommet du ciel, il nous faudra être au rendez-vous ! » lui lança le bourdon.
La chenille intéressée, s’extirpa lentement de son gîte, se présenta
« Je suis Rosie car, comme tu le constates à présent, je suis toute rose velours » et questionna :  « de quelle nouvelle parlent les oiseaux ? Quel rendez-vous ? »
Le bourdon enjoué de répondre : « Tu ne sais donc pas que Blanche est arrivée avec les premières lueurs de l’aube et qu’une réception va être tenue au cœur de la forêt pour se réjouir de sa bienvenue parmi nous ? »
Rosie, intriguée, regardait Ploum attentivement tout en mâchant le coin de la feuille qui lui avait servi de gîte pour la nuit et fit non de la tête.
Ploum s’élança de la fine branche sur laquelle il s’était installé, se posa auprès de Rosie et, tout en observant son visage dans une perle de rosée suspendue à la pointe d’un brin d’herbe, l’invita : « Tu dois te présenter aussi devant le sourire de Blanche. Les oiseaux colportent que chacun y est convié. » 
« Mais, dis-moi Ploum, qui est Blanche et pourquoi est-ce si important pour chacun d’aller à sa rencontre ? » interpella Rosie.
La perle de rosée se détacha de sa pointe lorsque Ploum l’effleura en se retournant et elle se rompit sur sa tête, déversant ainsi toute son eau. Rosie éclata de rire à voir son compagnon trempé de la tête aux pieds et souligna un vieil adage : « qui s’y frotte, s’y pique, mon ami » et elle repartait de plus belle dans de grands rires. Son ami, le bourdon, semblait penaud et fit mine de ne pas se préoccuper des rires ni de la remarque de Rosie. Il s’avança dans un rai de lumière afin de se sécher et répondit : « Blanche ? et bien c’est la majestueuse Colombe qui vient nous apporter un cadeau magique au cœur de la forêt ».
« Un cadeau magique ? » répéta Rosie en s’avançant vers Ploum qui, subitement, agita ses ailes et s’éleva dans les airs à toute allure, décrivant des pirouettes et d’autres acrobaties étonnantes. « Parle moi de ce cadeau magique, Ploum » cria-t-elle à son compagnon qui zigzaguait maintenant dans les branchages du grand arbre.
« Alors, Ploum, dis-moi, parle-moi de Blanche et du cadeau magique qu’elle nous apporte ! » insista Rosie.

Le bourdon revint à toute vitesse et s’arrêta net devant la chenille. « Comment pourrais-je te dire ? Je ne sais ce que Blanche nous réserve puisque c’est magique et c’est la raison pour laquelle nous devons nous rendre au rendez-vous. » répondit-il.
« Oui, au cœur de la forêt. Est-ce loin d’ici ?» demanda l’élégante chenille toute de rose vêtue.
« Non, il suffit de suivre la rivière et c’est juste là, à côté de la colline » expliqua Ploum, connaissant parfaitement l’endroit.
« Mais pour une chenille c’est bien loin ; je n’y arriverai pas à moins que tu ne me portes sur ton dos. J’avance moins vite qu’une fourmi, tu sais ! » rétorqua Rosie, embarrassée devant cette tâche ardue.
Ploum, s’apercevant de la lenteur avec laquelle Rosie avançait vers la rivière, s’était assis et réfléchissait profondément pour trouver une solution car la chenille n’avait pas tort.
Tout à coup, il se dressa, s’avança en gonflant les muscles et, arrivé à mi hauteur de Rosie, essaya de la soulever mais elle était plus lourde qu’il ne l’avait pensé ! Ensuite, il grimpa sur le dos de son amie et battit des ailes, s’efforçant de l’emporter dans les airs mais Rosie finit par se tordre de rire car Ploum, dans ses multiples tentatives, finissait par la chatouiller !
C’est en voyant Rosie se tordre dans ses rires que Ploum demanda à la chenille de se rouler sur elle même. Rosie s’exécuta. « Comme ceci ? » demanda-t-elle.
Ploum la redressa telle une roue et poussa. « Alors que penses-tu de cette trouvaille, Rosie ? » questionna fièrement le bourdon. « Excellente mon ami ! Je n’y avais pas pensé et si tu as assez de force pour me faire rouler jusque la colline, je t’offrirai un doux baiser.» Alors le bourdon énergiquement accentua sa manœuvre et commença à courir tandis que la chenille roulait, roulait. Bien vite, Ploum battit des ailes et exprima « A cette allure, nous serons au rendez-vous, Rosie ! »
Tout allait ainsi pour le mieux quand, Rosie demanda à Ploum de ralentir la course : « Je roule trop vite, Ploum ! » mais Ploum, lui aussi était dépassé par les événements car il ne poussait plus…, c’était la pente du sentier qui entraînait la chenille à rouler bien trop rapidement !
Le bourdon tentait de ralentir la course folle de son amie, mais tentative nulle !
« Ploum, fais quelque chose ! je ne peux me dérouler et j’ai la tête qui tourne.» supplia Rosie. « Oui ! oui ! ne t’inquiète pas, j’ai trouvé la solution, je passe devant ! » réconforta Ploum. Mais, en s’adossant à son amie, tentant de la stopper, il fut projeté au sol et Rosie fit un bon qui l’éleva par dessus Ploum !
Quelque peu étourdi, le bourdon se releva et cria après son amie qui était disparue. Elle ne pouvait être que plus bas, peut-être roulait-elle encore ? Et il fonça à la recherche de Rosie.
C’était un petit être aux prunelles noisettes et à la queue aussi haute que lui qui avait intercepté la roue rose, un peu plus bas. Ainsi, Rosie était dans les bras d’un écureuil et, voyant son compagnon arrivé à eux exprima : « Je te présente Tombe à pic ; sans lui j’étais dans la rivière ! ».
« C’est une chance, je suis content de te voir en pleine forme grâce à Tombe à Pic, que je remercie vivement d’ailleurs ! » dit Ploum essoufflé autant que ravi devant pareille surprise.
« Pourriez-vous me dire où vous courrez de la sorte tous les deux ? Vous paraissez fortement pressés ! »

L’écureuil les observait et attendait réponse, les yeux grands ouverts.
Rosie et Ploum expliquèrent toute leur aventure.
Ce à quoi, l’écureuil, regardant derrière lui, « Et bien vous êtes proche du but ; le cœur de la forêt est juste là, au pied de la colline et, vous allez comprendre pourquoi on me nomme « Tombe à pic », je vous y emmène ; je vais également au rendez-vous ! »
Rosie et Ploum jubilaient ; oui, ils arriveraient avant que le disque d’or n’ait atteint le sommet du ciel, pour le rendez-vous !
Ainsi, trois compagnons arrivèrent au cœur de la forêt : Rosie, la chenille rose velours ; Ploum le hardi, le bourdon dynamique et Tombe à pic, l’écureuil complice.
A l’angle du sentier, au pied d’un immense chêne ; « C’est là, nous y sommes ! » exclama joyeusement Ploum, suivi par Tombe à pic qui portait Rosie sur la tête.
Rosie, subjuguée par la nature qui s’ouvrait à elle, murmura : « ô, regardez comme c’est magnifique ! ». « Oui, merveilleux, vraiment merveilleux  ! » renforçait Tombe à pic.
Le feuillage sculptait les puissants rayons du soleil pour former un splendide voile de lumière tout autour du cœur de la forêt et Blanche, posée sur un cristal d’émeraude, les yeux clos, souriait simplement.
Ploum s’était assis sur le rebord d’une feuille auprès de Rosie et Tombe à pic se dressait à leur côté. Ils observaient tous trois le cristal d’émeraude qui s’animait d’une clarté chaleureuse…
La silencieuse lumière sustentait la réceptivité de chacun ; la forêt toute entière s’était faite attentive. Tant d’habitants de la forêt étaient là et cependant le silence régnait au cœur de la forêt.
Voici que le disque d’or prit place au sommet du ciel bleu.
Le cristal d’émeraude, alors, diffusa sa lumière vers l’humus et Blanche ouvrit les paupières. Son sourire se fit plus intense encore et elle le partagea avec chacun.

« Je vous salue, mes amours » commença Blanche et tous répliquèrent, presque qu’aussi rapidement que Ploum : « Bienvenue Blanche ; bienvenue Blanche ». « Oui, bienvenue Blanche » avait répété Rosie encore sous le charme de la lumière qui glissait du cristal d’émeraude.
«Mes amours, je vous apporte un cadeau magique afin de fortifier votre volonté à créer la joie parmi vous. »
On aurait dit que les yeux de Blanche exprimaient les paroles qu’elle prononçait tant leur éclat pénétrait en chacun.
« Ce cadeau est magique puisqu’il est un des messages de votre cœur car, comme vous le savez, je suis Blanche la Colombe, mais je vous rappellerai qu’avant tout je suis la Paix qui habite le royaume de l’âme, le Soleil de votre cœur ! ». Elle ouvrit lentement les ailes et poursuivit en détachant bien ses mots : « Voyez ! toute la nature qui nous accueille est un cœur à l’image du nôtre. » Tous regardaient aux alentours…
« Entendez par là, que toute la magnificence de la nature où nous nous sommes réunis est déjà vôtre mais qu’aussi, en votre cœur, s’épanouissent mille beautés semblables à aux mille parfums de la vie que vous offrez dès l’instant où vous partagez la joie entre vous ! »

Nos trois compagnons se regardèrent avec un large sourire, le cœur joyeux de s’être rencontrés et d’avoir déjà vécu de bons moments ensemble.
« Mes amours, comprenez bien qu’en vous vit déjà l’autre en fonction du regard que vous lui portez et que la Paix, dont je suis l’ambassadrice, réside dans les profondeurs insondables de tout cœur ».
Le cristal d’émeraude se fit transparence et Blanche souligna : « Comme vous le voyez, le bonheur demande peu et donne tant… un sourire qui vient du cœur et c’est l’univers du bonheur que vous communiquez ! » Les plumes de Blanche devenaient lumineuses et sa clarté englobait, à présent, l’entièreté du cœur de la forêt ainsi que tous ceux qui étaient là.
Ploum comprit que la tendresse de Rosie et la bienveillance de Tombe à pic vivaient également dans son cœur…
Rosie comprit que la joie spontanée de Ploum et l’aide de tombe à pic vivaient également en son cœur…
Tombe à pic comprit également que l’agilité de Ploum et la grâce de Rosie vivaient également en son cœur…
Blanche souriait encore et encore, là, sur le cristal d’émeraude.
« La dimension de la Paix c’est l’éternelle croissance de la joie, du partage, de l’amour ; la Nature vit en vous comme vous vivez en elle ! Jouissez et réjouissez-vous les uns des autres ; ainsi vous serez : cadeau magique. » Blanche venait de conclure et, Elle était totalement disparue dans la lumière.
Chacun La savait encore plus présente au fond de lui.
Le cristal d’émeraude était redevenu pierre, le soleil reprenait sa trajectoire, la forêt offrait ses parfums, chacun partageait sa joie ; une nouvelle aventure commençait : La Paix s’était offerte par le sourire de Blanche.

Xavier.