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Les AUTOMNALES au pays de l’ours


Pourquoi je les parraine

Par Hubert REEVES,
Astrophysicien,
Président de la LIGUE ROC pour la préservation de la faune sauvage

Je viens d’un pays où il y a des ours. Comme dans les Pyrénées. Bien sûr, le Québec est plus grand que les Pyrénées! Mais au Québec, l’Ours noir est presque aussi abondant que par le passé. On estime sa population à 60 000 individus.
Je vais vous parler de lui.

La taille de l’Ours noir est imposante. Adulte, il mesure entre 1,37 et 1,88 m de long. Les mâles pèsent de 115 à 270 kg, les femelles, de 92 à 140 kg.
L’Ours noir vit dans les forêts denses de feuillus et de conifères, les brûlis, les broussailles et parfois la toundra. Il fréquente le bord des ruisseaux, des rivières, des lacs ou des marais.
Il est omnivore et se nourrit principalement de plantes herbacées, de feuilles, de noix, de maïs, de baies et d’autres petits fruits. Mais il mange aussi de grandes quantités d’insectes, des petits mammifères, du poisson et des cadavres d’animaux. Comme l’Ours brun, il adore le miel. il lui arrive de causer des dommages aux ruches.

Les Pyrénées ?… Ces montagne nées, comme toutes, d’un des mouvements internes de notre planète ont été, pour nos ancêtres, à la fois source d’effroi car elles ont été difficiles à vivre et source d’émerveillement devant leur beauté.
Ces montagnes ont contraint leurs habitants à se dépasser pour vaincre les difficultés.

Les Pyrénéens ?… Un style de vie façonné par le milieu naturel… et dans les vallées, la vie fut longtemps extrêmement difficile pour les hommes.

L’ours ?… Un animal, mais quel animal ! Présent dans toutes les hautes vallées de la chaîne, les Pyrénéens le connaissent depuis toujours. Et cet animal qui, comme eux, subissait les rigueurs de la vie, était à la fois craint, combattu, et en même temps, adopté, exploité*! Il s’en est fallu de peu que l’ours disparaisse mais l’histoire n’a pas eu cette funeste fin. Par chance, quelques ours ont survécu.

Les Pyrénées sans ours, ce seraient des montagnes tellement plus banales. Il n’y a que les Pyrénéens pour faire de l’ours un "Lo Mossur" (prononcer "lou moussu"), c’est à dire «Le Monsieur » de leurs montagnes où ils ont su préserver la nature. La preuve: elle peut encore faire vivre une population ursine.


L’ours brun était Pyrénéen lui aussi. Il va le demeurer parce que, dans les Pyrénées, un pacte multiséculaire unit les hommes et Lo Mossur. Et tout Pyrénéen qui a ses montagnes au tréfond de lui-même, y a aussi forcément Lo Mossur.

* Des oursons sont capturés pour les dresser, les exhiber pour gagner un peu d’argent. Montreur d'Ours a été un métier surtout exercé par des habitants de deux vallées ariégeoises. Evidemment, à notre époque, chacun comprend que la vie de l’ours est dans la nature.


LE NOUVEAU PACTE DES PYRÉNÉENS ET DE L’OURS

Les Pyrénées ?… Les mouvements internes de notre planète ont donné vie à une succession de paysages dans lesquels l’homme a joué un rôle : Ce sont bien plus que des roches tant qu’il y a des Pyrénéens, et des ours.

Les Pyrénéens ?… De l’effroi ressenti devant les sommets, il ne reste plus trace. L’émerveillement l’a emporté. Et le sentiment d’appartenance à ces montagnes inclut la présence de l’ours. Ils ne peuvent l’en ôter sans mutiler une part de leur héritage.

L’ours ?… Il va être fêté par les Automnales imaginées par des Pyrénéens, pour les Pyrénéens et tous ceux qui aiment les Pyrénées.

J’habite le Québec et j’habite la France .. Ours noir, Ours brun, en tant que président de la LIGUE ROC pour la préservation de la faune sauvage, je choisis de défendre les deux en rendant hommage à ceux qui le fêtent, et en particulier à tous les Pyrénéens qui ont su préserver leurs montagnes au point qu’elles sont encore accueillantes à la vie sauvage.

  

LES RICHESSES DES PYRÉNÉES

Nous avons parlé des ours, ils sont emblématiques mais avec eux, il y a toute une flore et toute une faune qui n’existent nulle part ailleurs.

Des membres de la Ligue ROC, très fiers d’être Pyrénéens m’ont énuméré:

  • des dizaines de plantes endémiques (donc ne se trouvant que dans la chaîne des Pyrénées) dont la Ramonde des Pyrénées dont les touffes s’agrippent aux rochers escarpés.
  • .. et des animaux inconnus ailleurs comme le Triton pyrénéen ou Euprocte, l'Isabelle des Pyrénées dite "la Belle des Belles", le lézard montagnard des Pyrénées ou encore la grenouille des Pyrénées. On m’a aussi parlé du desman des Pyrénées, petit insectivore aquatique, aux larges pattes et à la curieuse trompe qui lui vaut le surnom de «rat-trompette ». Il aurait un lointain cousin en Russie...

Mais il est regrettable que le bouquetin des Pyrénées (Capra pyrenaica) ait disparu avec la fin du siècle dernier.


POURQUOI TOUTES CES RICHESSES SONT-ELLES SI PRÉCIEUSES ?

Lors de cinq extinctions majeures des espèces depuis l’apparition de la vie, celle-ci a failli être effacée de la surface du globe. La sixième grande extinction est en cours. Impossible de savoir si la sixième sera plus grave que les précédentes avec cette fois la mise en danger de l’Homme qui n’existait pas quand les dinosaures ont disparu. Ce n’est pas une météorite qui nous menace, pour identifier le coupable il nous suffit de prendre une glace: c'est nous! ou plutôt notre mode de vie. Il y a bien sûr les excès de chasse, ou de braconnage, la surpêche, les pesticides et la destruction des milieux. Le réchauffement du climat, dû aux émissions de gaz à effet de serre, accélère la destruction des espèces animales et végétales. Lorsqu’elles sont en déclin ou très localisées sans aires de repli, elles sont condamnées à terme.

Pourquoi sauver ours, loups, desmans, ou grands tétras?

C’est que la vie des humains ne peut exister sans celles des autres espèces. ET nous ne savons pas quand le seuil d’irréversibilité sera atteint. Nous sommes dépendants de beaucoup qui sont elles-mêmes dépendantes d’autres et de ramification en ramification, on peut dire que chacune a un rôle essentiel. Or, le rythme d'extinction est inquiétant. Parmi les 15 000 espèces de mammifères et d'oiseaux connues, plus de 200 se sont éteintes en quelques siècles, ce chiffre étant à considérer comme un minimum. Et le processus s’accélère touchant tous les genres. La variation climatique pourra être fatale aux populations les plus affaiblies, les grands arbres, les grands animaux, ou les espèces dont les populations sont déjà réduites, ou qui ont une faible variabilité génétique. L’affaiblissement de la biodiversité accroît les risques de notre élimination ou du moins de l’affaiblissement de l’humanité.

Nous avons évoqué les espèces les plus rares, considérons-les comme nos cathédrales. Mais nous apprécions beaucoup aussi les chapelles rurales, les lavoirs et tout notre patrimoine bâti. De même défendons les espèces de flore ou de faune moins prestigieuses.

Faisons que le verbe détruire appartienne au passé et que sauvegarder soit celui employé pour l’avenir. Nous avons ce pouvoir, ayons-en la volonté. Il me semble qu’ici, dans les Pyrénées, cette volonté existe.
Fêter les automnales au pays de l’ours y participe.
Bonne fête.

En savoir plus : http://www.paysdelours.com/
Approfondir : interview de Nelly Boutinot sur Univers-nature